L’antiquité rêvée au Musée du Louvre

Cette magnifique exposition est consacrée à l’engouement pour l’Antiquité qui a marqué l’Europe au XVIIIe siècle. Tout commence avec la découverte des vestiges de Pompeï qui suscite l’admiration des contemporains du siècle des Lumières, fascinés par l’idéal antique. Au fil des années et des courants artistiques, les peintres, sculpteurs, architectes interprètent chacun à leur manière des motifs antiques : élégance formelle à la grecque pour les néo classiques, inspirations Renaissance tourbillonnantes pour les néo baroques ; figures oniriques démoniaques pour le courant dit « gothique ». Les héros sont grecs ou romains : Eros / Cupidon, Aphrodite / Vénus, Psyché, Achille, Andromaque, Pénélope… et les scènes du passé mythifié font plus ou moins discrètement écho à un présent en pleine ébullition.

L’expo regorge de petites merveilles, je vous montre mes pièces préférées, classées selon le parcours de la visite.

Première partie : le goût pour l’art classique

Voici « Pygmalion au pied de sa statue, au moment où elle s’anime« , une ravissante petite sculpture d’Etienne Maurice Falconet (1761). Le sculpteur sculpté, original comme thème ! Pygmalion, amoureux de la statue d’ivoire qu’il a lui même façonnée, rêve d’une épouse qui soit identique à sa création. Son voeu est exaucé par Aphrodite qui donne vie à son oeuvre. la scène est incroyable de finesse, à travers les expressions des trois visages et la grâce du corps qui amorce son tout premier mouvement. A voir absolument sur place, il est vraiment difficile de saisir tous les détails en photo.

Passons à un tableau : la marchande à la toilette dite aussi la marchande d’amours, de Joseph-Marie Vienne (1763). Les costumes et le mobilier concentrent tous les archétypes de le représentation de l’antique. Il paraît que les meubles, entièrement imaginés par l’auteur, firent fureur et inspirèrent de nouvelles créations. La marchande, au lieu de proposer ses traditionnels colifichets, vend des petits amours. So sweet.

Deuxième partie : Résistances 1760 – 1790

Je ne sais pas pourquoi lui plutôt qu’un autre (il n’est pas le seul héros valeureux), mais Achille est la vraie star de l’Antiquité version XVIIe. Et pourtant, il n’avait pas encore les traits d’un célèbre beau mâle hollywoodien.

Je m’égare. Revenons à nos moutons : Thétis confiant l’éducation d’Achille à Chiron, de Pompeo Batoni (1760). Selon les représentations, c’est parfois la mère, parfois le père d’Achille qui le remet entre les mains du centaure. Ici, c’est donc la mère, plus maternelle que jamais qui tente de rassurer son gamin un peu méfiant (tu m’étonnes). En fait, cette scène est un hommage à Louise Elizabeth de France, fille de Louis XV, qui entend confier l’éducation de son fils à un grand homme des Lumières, l’abbé de Condillac. On comprend mieux l’impression de bienveillance très prononcée qui se dégage de la scène.


Voici maintenant une très belle pièce si vous n’avez pas peur des clichés (moi, non) : Mars et Vénus, de Johan Tobias Sergel (vers 1775). L’homme, le mâle conquérant, s’empare de la femme voluptueuse qui s’abandonne totalement dans ses bras. Le jeu de contraste, simple et efficace, est réjouissant. Les deux corps se complètent dans une parfaite harmonie.


Ci-dessous, probablement l’oeuvre la plus célèbre de l’expo : le cauchemar, de Johan Henrich Füssli. Une jeune femme alanguie est dominée par un incube, créature maléfique sensée posséder les jeunes personnes endormies. Joli programme ! Le tableau a connu un succès retentissant et inspiré de nombreuses réinterprétations.

Néo-classicismes 1770 – 1790

Pénélope, c’est un peu la femme loyale par excellence ; vous savez, celle qui attend des années le retour de son mari en refusant d’épouser aucun de ses prétendants avant qu’elle n’ait fini la confection d’une gigantesque tapisserie. Pour gagner du temps, elle passe ses nuits à défaire consciencieusement le travail effectué durant la journée. Vous avez dit dévouée ?

Voici une des nombreuses représentations de Pénélope, signée Joseph Wright of Derby en 1785. Devant elle, la statue d’Ulysse qu’elle attend patiemment, et son fils Télémaque qui dort paisiblement. Une impression de sérénité et de sobriété se dégage de cette scène, comme un moment d’intimité volée.

Autre femme célèbre de la mythologie grecque, la princesse Psyché. Eros, dieu de l’amour, en devient follement amoureux après s’être accidentellement blessé avec l’une de ses flèches (c’est le genre de détail trivial que j’adore dans la mythologie, les dieux ne sont pas toujours très malins). Après quelques mésaventures, les jeunes gens se marient finalement mais Psyché a l’interdiction de voir le visage de son époux. Forcément, elle désobéit, et se retrouve (momentanément) seule.

C’est ce moment d’abandon que décide de peindre David pour sa « Psyché abandonnée« . Le blanc de la peau et le bleu du ciel inachevé donnent une atmosphère peu commune à ce tableau qui dépeint le désarroi auquel est vouée l’âme humaine. (Et oui, Psyché, c’est l’âme).

L’Antiquité rêvée au Musée du Louvre, tous les jours sauf le mardi, de 9h à 18h. Toutes les infos sur exponaute.

Dépêchez-vous, il ne vous reste que quelques jours pour voir cette exposition : le 14 février, c’est fini !

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