Je me méfie souvent des livres que l’on retrouve systématiquement en tête de gondole à la Fnac. La faute à « L’élégance du hérisson », soi-disant un chef d’oeuvre, selon moi un bouquin pompeux et sans intérêt. Cet échec a suffi à m’éloigner des rayons labellisés « meilleures ventes ». J’y reviens progressivement, parce que j’ai moins le temps de fouiner pour choisir un livre. J’ai craqué récemment un peu mécaniquement pour « Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates« , dont vous avez probablement entendu parler (le coup classique : longue attente à la caisse, le livre attend sagement sur le dernier présentoir). Avec ce titre énigmatique, je m’attendais à un roman policier un peu décalé, et pas du tout : c’est une leçon passionnante de littérature, d’histoire, d’amitié et de géographie.

Juliet est une jeune écrivain qui vit à Londres au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale. Alors qu’elle cherche un sujet pour son nouveau roman, elle reçoit une lettre d’un certain Dawsey, habitant de l’île de Guernesey, qui la contacte à propos d’un livre qui lui a appartenu… Juliet découvre alors l’existence d’un groupe de lecture hors-norme, le cercle littéraire des amateurs de tourtes aux épluchures de patates. L’histoire est racontée à travers les lettres que s’adressent entre eux les différents personnages. Les membres du club écrivent tour à tour à Juliet, pour lui raconter les sombres heures de l’Occupation à Guernesey mais aussi les détails de leur vie quotidienne, leurs espoirs suite à une liberté retrouvée. Une solide amitié se noue au fil de mots, si bien que Juliet décide de franchir la Manche pour rencontrer ses nouveaux compagnons. C’est le début d’une nouvelle histoire, non moins palpitante que la première…

Ce livre est un vrai coup de coeur, il mérite bien son succès. Le genre épistolaire est savamment maîtrisé, il permet de jouer avec toutes les émotions : au gré des lettres et de leurs auteurs, on rit (beaucoup), on pleure (un peu), on rêve de ce petit coin d’Angleterre que l’on ne connaissait que de nom. L’Occupation à travers les yeux des héros prend une dimension très concrète, celle du quotidien. Aucun personnage n’est laissé de côté : chacun est habilement décrit à travers les yeux des autres : on y croit, et on s’attache comme le fait Juliet à ce petit groupe insolite et férocement amusant. Guernesey est un personnage à part entière, aussi attachant que les autres, un bout de terre impétueux que l’on a envie, nous aussi, d’apprivoiser. Au final, c’est une très belle et lumineuse histoire d’amitié que je vous recommande, si vous n’ y avez pas encore succombé…

Guernesey (© Jean-Luc Renault)

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