Expositions

Exposition Vaudou à la Fondation Cartier

La semaine dernière, je suis allée au vernissage de “Vaudou”, la nouvelle exposition de la Fondation Cartier pour l’art contemporain. La scénographie de l’artiste italien Enzo Mari met en valeur des pièces rares, des objets vaudou africains issus de la collection Anne et Jacques Kerchache. Ce collectionneur passionné par les arts premiers avait rêvé de cette exposition ; dix ans après sa mort, son voeu est exaucé.

Un peu d’histoire pour commencer (si si). Le Vaudou est un culte religieux ancien et une tradition philosophique originaire d’Afrique, aujourd’hui encore pratiquée dans certains pays de ce continent comme le Togo ou le Nigéria. Au coeur de cette croyance : des esprits d’essence divine, invisibles, avec lesquels il est possible de communiquer par le biais de de sacrifices, de prières, de possessions et de divinations.

Pour faire le lien entre le monde visible et le monde spirituel, les initiés créent des sculptures appelées “bocio” qui signifie “cadavre doté de pouvoirs”. Ces objets constitués de cordes, d’ossements, de coquillages et de mèche de cheveux sont couverts d’une couche de matière qui peut être faite d’argile, d’huile de palme, d’éléments sacrificiels (appétissant, n’est-ce pas ?). Certaines de ces statues sont créées pour protéger, d’autres pour nuire. Ce sont ces bocios qui sont présentés dans cette exposition : des objets qui mêlent le mystique et l’esthétique.

Parcours initiatique

On rencontre d’abord une dizaine de hautes statues, placées devant des portes de maison, pour représenter leur fonction de protecteurs du foyer. Puis on descend dans une vaste salle où sont présentées de petits bocios, chacun protégé par une vitrine individuelle, de sorte que l’on peut tourner autour de chaque objet pour essayer d’en déceler les mystères. On ne nous donne pas beaucoup d’indices : l’origine de chaque objet étant souvent inconnue, aucun cartel n’apporte de précision sur l’histoire, la date de l’oeuvre (juste une fourchette pour l’ensemble : entre la fin du XIXe et le milieu du XXe siècle). Malgré le manque d’explications, il est difficile de rester indifférents devant ces statuettes qui portent en elles des angoisses universelles : la jalousie, la peur, la douleur, le désarroi.

Quelques clés pour décoder la symbolique vaudou : les cadenas renferment les poisons visant à ensorceler l’ennemi ; la griffe d’aigle incarne la puissance ; les liens autour de la poitrine visent à gêner la respiration ; ceux autour des jambes, la paralysie ; enroulés sur le bas ventre, ils portent atteinte à la puissance sexuelle ; la mâchoire ficelée au corps doit faire taire un témoin gênant ; le bec de canard impose la discrétion (parce que le cri du canard est moins strident que celui du coq).

Un conseil si vous y allez : comme je vous le disais il y a peu d’explications sur place, donc potassez un peu pour préparer la visite, elle n’en sera que plus intéressante (il y avait bien un documentaire diffusé en boucle dans l’une des salles, mais je suis arrivée au moment où l’on nous montrait le sacrifice d’un chat, inutile de vous dire que je suis repartie aussi sec). Baladez-vous sur le site dédié, richement documenté, et sur la fiche de l’exponaute. Et pour les plus mordus, la Fondation Cartier organise un cycle “Mystère” autour de l’expo, avec des soirées thématiques : musique, films, cabaret… Demandez le programme !

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