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Nuits de Noces, Astrid Eliard

Qui a dit que le mariage était romantique ? Pas Astrid Eliard, en tout cas. J’ai récemment découvert le premier recueil de nouvelles de cette jeune écrivain, intitulé “Nuit de Noces”. 6 nouvelles, 6 couples, 6 nuits de noces toutes différentes. Leur point commun ? La désillusion. Dans chacune de ces histoires, la nuit de noces -qu’elle soit heureuse ou non- est le moment où les héros se confrontent à la réalité.

Il y a d’abord Hélène, qui pour sa nuit de noces se retrouve perchée dans une cabane au fin fond des bois, confrontée à ses plus grandes peurs (le vide, la nuit, et les araignées) ; de quoi la faire sombrer dans une funeste mélancolie. Vient ensuite Irène : elle n’a jamais ressenti aucun désir charnel et doit faire face au désespoir de son amoureux à qui elle avait promis de “céder” s’il l’épousait. Le récit le moins tragique -en apparence- est celui de Suzanne et Balthus, visiblement épris et heureux, mais dont la nuit de noces sera gâchée par des cousins peu scrupuleux qui se sont installés dans leur chambre. Ils iront donc se promener dans les villages environnant, et ce qui aurait pu être une belle échappée romantique devient sous la plume de l’auteur une drôle d’errance un peu absurde. La nouvelle suivante est résolument pathétique : Clotilde, jeune mariée, s’amuse à gaver de viagra son époux qui a deux fois son âge. Emma, elle, porte bien son (pré)nom flaubertien : idéaliste et rêveuse, elle tombera de très haut en réalisant que l’homme qu’elle a épousé ne correspond pas au modèle de perfection qu’elle avait imaginé. La dernière nouvelle est la plus cruelle : Brigitte, encore adolescente, est contrainte par sa famille d’épouser le mari de sa propre soeur, morte car victime d’un anévrisme durant sa nuit de noces. Beau programme, n’est-ce pas ?

J’ai beaucoup aimé le style de l’auteur, plein de finesse et très imagé, toujours sur le fil. On ne verse pas dans le tout noir ou tout blanc ; dans les nouvelles les plus pessimistes, il y a quand même quelques lueurs d’espoir et dans le seul récit “joyeux” (celui de Suzanne et Balthus), il y a des signes annonciateurs d’un futur désespoir… Ces nouvelles composent une longue et lugubre poésie, aussi belle que déprimante. En peu de pages, les personnages parviennent à acquérir une rélle épaisseur. Les parcours d’Hélène, femme fragile et effacée, et d’Emma, complètement à côté de la réalité, m’ont marquée. Reste à savoir si toutes les nuits de noce sont vouées à de pareils échecs…?

Bref, je vous conseille ce recueil pour la qualité de l’écriture, et le traitement original d’un sujet qui peut paraître bateau. Cela m’a donné envie de découvrir le nouvel ouvrage d’Astrid Eliard, “Déjà l’Automne”. Si certain(e)s l’ont lu, donnez-nous votre avis !

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2 Comments

  1. Je le note immédiatement sur ma “to read” list!

  2. Parispelemele says:

    tu nous diras ce que tu en as pensé !

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