Ma Marilyn

J’ai peu l’habitude de me laisser aller à vous raconter des choses personnelles sur ce blog ; or pour vous parler du film « My Week with Marilyn », je vois mal comment je pourrais faire autrement. C’est une histoire terriblement banale que je vais vous raconter, mais j’ai quand même envie de la partager ici.

Mon histoire avec Marilyn a commencé lorsque j’avais huit ans : la fête de fin d’année de l’école avait pour thème le cinéma, et nous devions interpréter les grandes stars hollywoodiennes. Il a donc été décidé que les garçons joueraient Rocky (ça ne s’invente pas) et que les filles seraient les « Marilyn ». Pour nous entraîner, la maîtresse nous a passé une cassette vidéo, un extrait des « Hommes préfèrent les Blondes ».

On a tous quelques souvenirs d’enfance gravés en nous, des moments précieux qui aiment, de temps en temps, se rappeler à notre mémoire. Je me souviens très précisément de la fascination qu’a exercée sur moi cette femme lorsque je l’ai vue pour la première fois chanter dans sa robe rose bonbon. Je ne saurais expliquer pourquoi, à ce moment précis, je suis tombée amoureuse d’elle. A partir de là, j’ai voulu tout savoir sur Marilyn Monroe.

Je me souviens des biographies et des livres de photos feuilletés en boucle, d’une collection d’affiches de films qui grossissait d’année en année, et du temps passé à guetter le programme télé en quête de la diffusion de l’un de ses films. Films que je conservais précieusement enregistrés sur cassettes.

Il y a ensuite eu l’adolescence, les murs de la chambre tapissés de Leonardo, mais toujours une place pour celle que j’appelais « ma Marilyn ». Ma famille n’hésitait d’ailleurs pas à jouer le jeu, j’avais la parure de lit, la Barbie de collection, les puzzles… mes premiers mots d’anglais, je les ai appris en déchiffrant les textes de ses chansons que j’apprenais par coeur. Aujourd’hui encore, je reconnais chaque intonation, chaque frémissement de chacun de ses enregistrements. Je me souviens de la découverte d’Internet, et de ma première recherche : « tape ce que tu veux, n’importe quoi, et tu trouveras plein de choses dessus ! » : M-a-r-i-l-y-n. Sur les murs de ma chambre, Léo est parti, Marilyn est restée. Dans mon premier studio, ma chambre universitaire, et aujourd’hui dans mon petit nid, elle est toujours là.

Le plus dur a été d’admettre que d’autres l’adulaient autant que moi. Aujourd’hui, je hais toutes ces reproductions de Marilyn, ces photos dépourvues d’âmes qui la montrent couverte de maquillage et qui décorent tasses, coussins et dessous de verre. J’ai toujours détesté la Marilyn de Warhol, les poupoupidous à outrance et les gens qui croient connaître le personnage parce qu’ils ont vu un reportage à la télé.

Cette affection est totalement irrationnelle, c’est peut-être d’ailleurs l’une des seules choses qui m’échappent complètement, moi qui ne suis ni croyante ni superstitieuse. Je ne sais pas comment est né ce lien qui m’attache à une figure à la fois proche et lointaine. Marilyn m’apaise.

Bon, ça y est, je peux vous parler du film maintenant. Quoi que… comme j’ai essayé de vous l’expliquer, quand il s’agit de Marilyn, je ne suis plus dans le domaine du rationnel. Ceci explique peut-être pourquoi, dès la première scène laissant apparaître Michelle Williams dans la peau de Marilyn, j’ai eu la gorge nouée. Ce film m’a émue aux larmes, mais c’est avant tout très égoïste et personnel, c’est mon enfance que j’ai retrouvée en voyant ces images de mon idole ressuscitée.

Michelle Williams est excellente, vraiment, je ne sais quoi dire de plus… elle est parvenue à nous donner l’illusion de percer un mystère que nous tentons, nous les fans, de percer depuis notre rencontre avec la star. Dans ce film, on voit l’actrice dans toute sa complexité, son aura, son inconstance, sa fragilité, et ces dizaines de boîtes de médicaments qui ne quittent pas l’écran -sombre présage d’une fin programmée. Certains reprocheront une mise en scène un peu classique, pour ma part je ne me suis pas ennuyée une seconde et j’ai trouvé l’ensemble plein de grâce, beau et douloureux à l’image de la mélancolie de Marilyn.

Le film se termine sur quelques notes d’une chanson que j’adore « that old black magic » interprétée par Michelle Williams elle-même qui a décidément pleinement joué le jeu. Le rideau tombe, et il ne me reste qu’une folle envie de la remercier, elle et l’équipe du film, de nous avoir offert un si beau cadeau.

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