Expositions

Bohèmes au Grand Palais

On parle beaucoup de l’expo Hopper au Grand Palais, et on en oublierai presque l’autre évènement de la saison : Bohèmes. C’est quoi, la bohème ?

Nom donné, par comparaison avec la vie errante et vagabonde des Bohémiens, à une classe de jeunes littérateurs ou artistes parisiens, qui vivent au jour le jour du produit précaire de leur intelligence […].
Moeurs, habitudes, genre de vie des mêmes individus […].
Un genre fantaisiste, désordonné et désargenté […].
Homme gai et insouciant, qui supporte en riant tous les maux de la vie.
Grand dictionnaire universel du XIXe siècle, Pierre Larousse, 1867

L’exposition affiche son ambition dans son titre au pluriel : parler de toutes les bohèmes, des communautés de peuples nomades au XVIIe aux représentations de l’artiste sans le sou dès le milieu du XIXe.

La scénographie est signée Robert Carsen, qui avait orchestré l’exposition Marie-Antoinette au Grand Palais en 2008. Comme pour cette exposition que vous aviez peut-être vue, la mise en scène de Bohèmes est très théâtrale, elle use et abuse d’effets et de subterfuges parfois un peu artificiels mais toujours très surprenants.

Première surprise en entrant dans la première salle : il s’agit d ‘un long couloir plutôt étroit, avec des oeuvres présentées uniquement d’un seul côté du mur. Les visiteurs s’agglutinent donc tous au même endroit, les yeux rivés sur des cartels minuscules qui transforment la lecture de la moindre légende en acte de bravoure. On comprend ensuite qu’il s’agit d’une représentation du chemin que prend le bohémien. Ok pour l’idée, mais ce n’est pas très pratique.

On découvre donc dans ce premier espace la représentation du bohémien à travers de nombreux tableaux et quelques sculptures. Égyptien, gitan, manouche, la peau mate et le regard fier, il se balade de toile en toile sous le pinceau des plus grands maîtres qui semblent fascinés par ce modèle de liberté et d’insoumission.

L’image de la bohémienne laisse songeur : tantôt une somptueuse brune rebelle et mystérieuse, tantôt une vieille sorcière diseuse de bonne aventure. On peut admirer la célèbre “diseuse de bonne aventure” de George de la Tour, et d’autres scènes où l’on trouve quasiment toujours le benêt qui se fait chiper son or par une vieille bohémienne. Un peu plus loin, on retrouve les bohémiens errant sur les chemins. Ils incarnent alors le mythe de l’homme libre en communion avec la nature.

Zingara au tambour de basque, Jean-Baptiste Camille Corot
La Diseuse de bonne aventure, Georges de la Tour
Les roulottes, campement de bohémiens, Vincent Van Gogh

Avant d’accéder à la deuxième partie de l’exposition, située à l’étage, on passe par une transition sur le thème de l’art : on découvre la bohème sous les traits d’Esmeralda et de Carmen. La musique tient une place importante dans l’exposition, une bande-son envoûtante imaginée par Béatrice Ardisson est diffusée en continu pendant la visite.

On monte ensuite le somptueux grand escalier pour accéder à la dernière partie de l’expo, dédié à l’artiste bohème.

La scénographie devient de plus en plus inventive (d’autres diraient, un peu loufoque). Murs déchiquetés, reconstitution d’ateliers d’artistes sous les toits, on est invités à expérimenter (de loin) la vie de bohème. Cette bohème-là est sombre, faite d’une poésie macabre, de mélancolie et de désillusions. La liberté est toujours son ciment, mais elle se paie au prix d’une marginalisation qui fait de l’artiste un être solitaire et maudit.

Portrait d’un artiste dans son atelier, attribué à Théodore Géricault

J’ai beaucoup aimé la salle qui présente les cabarets du Chat noir et du Lapin agile, ces lieux mythiques qui évoquent la fête, l’absinthe et les filles de joie. J’y ai retrouvé la célèbre enseigne du Chat noir, que l’on peut habituellement admirer au musée Carnavalet (mon préféré). Il y a aussi tout un espace consacré à Rimbaud et Verlaine, qui mis à part une tente placée en plein milieu d’une salle comme un cheveu sur la soupe, est plutôt réussi.

L’enseigne du chat noir

Et puis il y a l’oeuvre phare de l’exposition, celle que l’on voit sur l’affiche : Rêverie, où un couple d’amoureux rêvasse au dessus des toits. La scène est baignée d’une lumière bleue incroyable que l’on ne retrouve pas sur la photo de l’oeuvre. Il faut absolument la voir “en vrai” !

Rêverie, Charles Amable Lenoir

Le clou de la scénaographie est la reconstitution d’un café, avec des tables et des chaises où s’assoient les visiteurs. Aux murs, des portraits d’artistes et de filles mis en scène dans ces cafés d’antan. L’exposition s’achève brutalement sur l’extermination des Roms dans les camps nazis.

On regrette un peu de ne pas voir ce qu’il en est après, comme survit la bohème jusqu’à nos jours et ce qu’elle incarne aujourd’hui… mais j’imagine que le sujet mérite à lui seul une nouvelle exposition. On a hâte de voir s’il y aura un Bohèmes 2, en attendant ne manquez pas cette exposition déroutante et pleine d’audace.

[dailymotion]http://www.dailymotion.com/video/xtvtp1_bohemes-l-exposition_creation?start=24#.UL5kL4NdOAg[/dailymotion]

Bohèmes au Grand Palais
Jusqu’au 14 janvier 2013, tous les jours sauf le mardi de 10h à 20h (nocturne le mercredi jusqu\’à 22h).
Visite immersive ici 

 

 

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14 Comments

  1. Superbe billet, qui me conforte dans mon projet d’y aller (j’ai lu un article très intéressant aussi dans Beaux-Arts sur le sujet de la Bohème dans l’art), l’exposition rassemble tant de belles œuvres, avec un point de vue kaléidoscopique sur le sujet !

    1. oui c’est très vaste, et je pense qu’un hors série sur le sujet en peut être qu’instructif pour compléter la visite

  2. Super billet, beaucoup plus fourni que le mien ! C’est vrai que la lecture des pancartes était une horreur absolue…

    1. l’enfer oui !

  3. J’ai voulu la faire après avoir compris qu’il y avait 4h d’attente pour Hopper, mais c’était 1h/1h30 pour celle-ci, et vu mon état et la pluie qui tombait, j’ai laissé tomber. Peut être aux vacances ….

    1. j’ai eu de la chance car il n’y avait personne quand j’y suis allée, un samedi pourtant je m’attendais à voir la foule

  4. j’ai beaucoup aimé cette exposition, une belle visite, bien mise en scène!

    1. je suis d’accord, même si certains espaces m’ont laissée un peu perplexe

  5. Miss Cupcake says:

    C’est noté ! J’ai prévu d’y aller. Merci pour ce joli compte rendu de visite ! Bon week end à toi.

    1. merci pour ton petit mot

  6. Je n’y suis pas encore allée! J’espère en avoir l’occasion avant la fin de l’expo!

    1. oui il faut aller voir, c’est intéressant et surprenant

  7. ogressedeparis says:

    Il faudrait vraiment que je me décide à y aller!

    1. yes vas-y tu nous raconteras

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