Keith Haring, The Political Line au Musée d’Art Moderne

Voici une exposition à ne pas manquer si vous êtes à Paris en août : la rétrospective Keith Haring, the Political line au Musée d’Art Moderne. Après, il sera trop tard !

J’y suis allée ce week-end et je n’ai pas été déçue. On a tous déjà vu les petits bonhommes colorés de Keith Haring sur des verres ou des T-shirts, mais il est rare que l’on connaisse l’engagement politique de l’artiste. L’exposition est passionnante car elle permet de comprendre le parcours de Keith Haring à travers les thèmes qui lui ont tenu à coeur.

Près de 250 oeuvres nourrissent cette exposition de grande ampleur. Chaque oeuvre est une profusion de formes et de couleurs, et toutes ces toiles réunies ici forment un tourbillon qui ne laisse pas indifférent.

En introduction, on commence avec quelques repères sur la courte vie de Keith  Haring : ses amitiés avec Jean-Michel Basquiat, Jenny Holzer, Andy Warhol ; ses voyages et son influence aux Etats-Unis et en Europe ; ses combats contre le racisme, le capitalisme, le sida, la destruction de l’environnement. Un artiste militant, habité par une volonté de changer le monde.

Les débuts de Keith Haring

Dans la première partie, on découvre les premières oeuvres de l’artiste, ses motifs fétiches, et son rapport avec  les supports : il préfère peindre sur des bâches, ou du papier qu’il jugeait « moins prétentieux » que la toile.

La plupart des représentations portent en elles des prémisses d’une violence qu’il dénoncera toute sa vie : violence de l’Etat, de la religion, de l’intolérance. Les hommes, figures anonymes agitées, fuient des chiens qui les dévorent (le « barking dog », symbole de l’oppression), des soucoupes volantes débarquent, et un peu partout des verges menaçantes incarnent une sorte de domination suprême. Tout au long de l’expo je me suis demandé pourquoi Keith Haring avait une telle représentation du sexe… à aucun moment je n’y ai vu quelque chose de positif, mais uniquement de la violence.

 

La quête de la liberté

Plus on avance dans les expositions, plus les engagements de Keith Haring prennent forme et plus les oeuvres sont imposantes. L’Etat, monstre menaçant, écrase les hommes. Ces derniers forment des masses faibles, englouties ou vomis par des formes infâmes. Certains luttent pour leur individualité.

Le capitalisme prend la forme d’une truie hideuse qui vomit des biens de consommations, et à laquelle les hommes se raccrochent malgré son aspect repoussant. Des dollars et des sigles « USA » se multiplient, et Mickey Mouse n’a plus rien d’une gentille souris… De temps en temps le visage d’Andy Warhol apparaît, comme sur ces billets de banque détournés par le graffeur. Des objets fondateurs de l’imaginaire culturel sont détournés, couverts de graffitis.

On ne peut s’empêcher de s’interroger face à cette condamnation radicale du capitalisme : Keith Haring n’a-t-il pas lui même organisé la vente de ses dessins à grande échelle ? Dans son désir de faire partager l’art au plus grand monde, il est entré en contradiction avec ses propres engagements.

   

Les oeuvres de Keith Haring dans l’espace public

Puis l’exposition aborde une partie passionnante de l’oeuvre de l’artiste : les oeuvres qu’il a produit dans l’espace public. Murs du métro, poutres de chantier, supports destinés à recevoir des affiches publicitaires : Keith Haring dessine partout où le grand public se trouve. Les dessins à la craie sont étonnants, et il y a des photos qui permettent de les voir en contexte.

Contre l’oppression religieuse et technologique

On passe ensuite aux thème de la religion et du Mass Média. Keith Haring était très respectueux des croyances individuelles, mais il dénonce les dérives de la religion commises « au nom du bien ».

Dans les précédentes oeuvres, on avait déjà aperçu des monstres à tête d’ordinateur. Ils sont ici au grand complet, attrapant les hommes avec des pinces ou des pénis (encore) menaçants, remplaçant parfois les cerveaux humains. Une vision qui nous parle, forcément… comment Keith Haring aurait-il accueilli la multiplication des écrans, les réseaux sociaux ? Il jouissait lui-même d’une renommée internationale par le biais -aussi- des écrans.

Contre le racisme

Keith Haring aborde le thème de l’Histoire en dénonçant l’oppression exercée par l’homme blanc. L’esclavage, les viols, les violences exercées par les blancs sont dessinés sur un pénis géant. Une oeuvre est particulièrement fascinante : c’est celle qui rend hommage au graffeur noir Michael Stewart, battu à mort par la police. Pour la première fois, on ne voit pas un anonyme mais un visage humain empreint de souffrance.

Défense de l’environnement

Souvent dans les oeuvres de Keith Haring, la terre est poignardée, saigne, renvoie des humains meurtris. A l’époque du développement du mouvement écologiste, l’artiste encourage les hommes à créer plutôt qu’à détruire. Il manifeste contre le nucléaire, publie à ses frais des posters pour la défense de l’environnement.

Le sida, la mort, la vie

Keith Haring est mort du sida en 1990. Il consacre les dernières années de sa vie à prévenir du danger de l’épidémie, en personnifiant le virus comme un énorme spermatozoïdes à cornes. Il fut l’un des premiers personnages publics à prendre la parole sur un sujet qui était encore tabou dans les années 1980.

Paradoxalement, c’est  aussi dans certaines oeuvres de cette période que l’on décèle une sorte d’optimisme : la mort peut détruire les hommes, mais la vie continue à travers la nature qui ne se laissera pas anéantir.

Voilà, fin de la visite guidée !

Je ne peux que vous encourager à voir cette exposition de vos propres yeux, au Musée d’Art moderne et aussi au 104 qui expose les plus grandes oeuvres de l’artiste.

Keith Haring, the Political line au Musée d’Art Moderne
Jusqu’au 18 août, nocturne les mercredi et jeudi

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