Expositions, Sorties

La toilette, naissance de l’intime au musée Marmottan Monet

Le musée Marmottan Monet surprend agréablement en ce début de printemps avec une exposition qui ne manque pas de charme. Le thème est simple, universel, et permet d’explorer plusieurs siècles d’histoire de France. La toilette, à travers la vision des artistes, est principalement une histoire de femmes. Les corps, tantôt habillés, suggérés ou entièrement dénudés, portent des significations et des symboles qui évoluent au fil du temps. Cette exposition nous fait voyager dans le temps à travers le soin au corps, le rapport de soi à soi qui doucement se construit et aboutit à la naissance de l’intime.

naissance-intime-2affiche-naissance-intimeOn entre dans le parcours avec le Moyen-Age et le début Renaissance, avec des scènes de bain très orchestrées, la toilette est le prétexte à la mise en scène de la beauté des femmes. Il y notamment cette variation d’un portrait célèbre de Gabrielle d’Estrées, favorite d’Henri IV. Elle est au bain avec la duchesse de Vilars. Posture noble, corps immaculés et soigneusement vêtus. Point de lascivité ici, mais une pureté virginale qui impose le respect. Un peu plus loin, une scène plus triviale nous attend avec la femme à la puce de George de la Tour. Le seul moyen à l’époque d’échopper au parasite, c’est d’avoir un linge changé régulièrement. Cette femme qui n’en n’a pas les moyens attrape elle-même les puces qui courent sur son corps… ce tableau est l’un des plus beaux de l’expo.

gabrielle-estree
Anonyme (École de Fontainebleau) Portrait présumé de Gabrielle d’Estrées et la Duchesse de Villars au bain – Fin du xvie siècle
Georges de LaTour – La Femme à la puce – 1638
Georges de LaTour – La Femme à la puce – 1638

Puis dans un second temps, on apprend comment la peur de l’eau transforme la vision de la toilette. On craignait à l’époque que l’eau ne sensibilise le corps et favorise les épidémies. On ne s’immerge plus entièrement dans un bain, on use l’eau avec parcimonie et on lui préfère les linges propres pour se nettoyer. La toilette sèche est surtout le temps de la “mise en beauté”, comme on dirait aujourd’hui : parfums, onguents, poudres et artifices sont abondemment utilisés par les femmes. Si elles ne se dénudent pas, elle invitent volontiers des visiteurs à observer ce spectacle.

Abraham Bosse (d’après) – La Vue (femme à sa toilette) – Après 1635
Abraham Bosse (d’après) – La Vue (femme à sa toilette) – Après 1635

Avec le XVIIIè siècle et le retour progressif de l’eau, la toilette se privatise. Les ablutions ne tolèrent plus la présence de tiers, autres que les domestiques. Et c’est ainsi que l’individu développe cette bulle close, ce temps d’intimité où ses gestes n’appartiennent qu’à lui. Cette tendance s’accentue au XIXè siècle : les portes désormais closes des chambre et cabinets de toilette sont dotées de verrous, les curieux sont définitivement évincés. L’eau arrive peu à peu dans les étages et fait naître la salle de bain, repère ultime de l’intimité. Espace de liberté absolue où il n’est plus seulement question de toilette mais de nourrir ses rêves, de s’évader dans le secret d’un espace clos. C’est dans ce contexte que Degas peint ses plus beaux nus.

 Edgar Degas – Après le bain, femme nue couchée – 1885-1890
Edgar Degas – Après le bain, femme nue couchée – 1885-1890
Nu au tub
Pierre Bonnard – Nu au tub – 1903
 František Kupka – Le rouge à lèvres 1908
František Kupka – Le rouge à lèvres 1908

L’expo se termine (assez rapidement je trouve) sur un aperçu de notre vision contemporaine du corps féminin et de la toilette.

J’ai beaucoup apprécié la scénographie simple et claire de l’expo, et la qualité des oeuvres présentées. On pénètre avec le regard d’un visiteur égaré dans ces lieux tantôt spectacles, tantôt secrets, qui donnent à voir la beauté des corps et les milliers de représentation qu’elle suscite. Une porte ouverte sur l’imagination, sensuelle et poétique… à voir.

La toilette, naissance de l’intime au musée Marmottan Monet
Du 12 février au 5 juillet 2015

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1 Comment

  1. je me demandais justement ce que cette expo au titre intrigant valait. merci pour ton billet

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