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Arrêter la viande sans renoncer à la gourmandise… mon premier bilan

Je ne sais pas si c’est très judicieux de parler de ce sujet qui me tient à coeur en plein mois d’août, mais allons-y ! (en photo ci-dessus, le burger végé de Big Corner).

Il y a trois mois, au début du mois de mai, Libé fait sa une avec un dossier sur les abattoirs. Une initiative courageuse qui me donne envie de ne pas fermer les yeux comme je le fais habituellement devant les vidéos de l’assoc L214, et de lire ces articles qui me mettent l’estomac en vrac et la larme à l’oeil. Ce n’est pas beau à voir, ça ne fait plaisir à personne mais les faits sont là : en France, on ne sait pas tuer les animaux sans les faire souffrir, et tout le monde s’en fout. Ou ferme les yeux. Moi y compris, pendant des années. Et je vous passe les enjeux environnementaux qui sont bien sûr colossaux.

Je ne vous apprends rien en vous disant que j’adore les bons petits plats, je suis curieuse de tout et il y a bien peu de choses que je n’aime pas trouver dans mon assiette. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles j’ai créé ce blog ; la gourmandise. L’idée d’arrêter la viande m’était déjà passée par la tête, mais je la chassais toujours bien vite en pensant à tous les plaisirs auxquels il faudrait renoncer : cette entrecôte-frites-madeleine de Proust, ce bourguignon réconfortant, ce magret fondant, ce plat mijoté des dimanche en famille. Même si j’ai toujours été plus sucré que salé, la viande, on ne va pas se mentir, j’aime ça.

Sauf que – attention séquence émotion- je n’ai jamais vraiment oublié la petite fille en moi qui, un jour, s’est demandé si c’était bien normal de traiter son chien comme son meilleur ami tout en mangeant un mignon petit cochon. La gamine qui a pleuré toute une nuit en découvrant que sa trousse était faite en peau de vache, une vache qu’il avait fallu tuer pour ça. Celle qui s’était promis de ne plus jamais manger de viande, et qu’on regardait avec un oeil tendre en se disant que c’était charmant comme lubie d’enfant.

Sinon, je propose qu'on arrête tout pour se nourrir uniquement de chocolat. Juste une idée.
Sinon, je propose qu’on arrête tout pour se nourrir uniquement de chocolat. Juste une idée.

La viande, ce n’est pas seulement la bonne pièce du boucher

Bref, en lisant ce dossier sur les abattoirs, j’ai dit stop. Du jour au lendemain, sans savoir où ça allait me mener. J’ai décidé de continuer à manger du poisson et des oeufs, par pragmatisme.

Ce mois de mai, nous partions en Sicile, et je n’ai eu aucun mal à passer une semaine de vacances sans manger de viande tout en me régalant de pâtes fraîches et d’aubergines farcies (entre autres). Ensuite, ça s’est un peu compliqué. La plupart des gens disent qu’ils mangent peu de viande parce qu’ils pensent surtout à la pièce du boucher du dimanche ; on oublie tous les produits transformés, l’étalage de 25 références de sandwichs du supermarché qui sont TOUS garnis de (mauvaise) viande, la sauce bolo et ses minuscules morceaux d’on ne sait pas trop quoi, les pizzas couvertes de charcuteries en tous genre. Eliminer toute cette mauvaise viande n’a pas été trop difficile, il a juste fallu trouver des idées pour remplacer ces plats pratiques du quotidien. Plus de légumes, bien sûr, et une place royale pour le falafel qui est pour moi le meilleur plat veggie du monde.

aubergines
Meilleures aubergines de ma vie, dans un resto à Palerme.

Une lubie bobo ? Surtout un choix pas évident au quotidien

Durant ces quelques mois, j’ai beaucoup échangé avec un entourage élargi sur la question de la viande. J’ai pu observer toutes sortes de réactions, du soutien bienveillant au scepticisme le plus total. Il y a celui qui aimerait arrêter mais aime trop ça (moi avant), celui qui est convaincu que l’homme est carnivore et que le priver de viande est une punition injustifiée (on vit très bien sans viande, pourvu de trouver d’autres sources de protéines), celui qui pense que le mouvement veggie/vegan est le nouveau caprice d’une société bobo qui a perdu la tête. Soit. Mais celui-ci devrait réaliser quels efforts doit fournir une personne qui ne souhaite pas manger de viande pour se nourrir, tant tout est pensé pour les carnivores. Si on pouvait ne serait-ce qu’avoir le choix, ce serait un énorme pas en avant. 

L’une des raisons pour lesquelles je n’ai pas arrêté plus tôt, c’est justement parce qu’on vit dans un monde tellement habitué à consommer de la viande qu’il est en fait bien difficile de trouver des alternatives sur la durée, sans se lasser (et je parle de Paris !). Et surtout pour une épicurienne comme moi, qui ne conçoit pas de passer une semaine à Paris sans tester un nouveau resto. La question, c’est de savoir si j’allais pouvoir concilier cette gourmandise avec ce nouveau choix de vie. Ce resto dont j’attendais l’ouverture depuis des semaines, et qui n’a que des plats de viande à sa carte, m’a vraiment foutu les boules. Par contre, ce burger végétarien incroyablement bon que je n’aurais jamais commandé avant d’avoir arrêté la viande, quelle belle surprise.

cochon
La mignonitude du cochon.

Trois mois plus tard : mon premier bilan

Durant ces trois mois, j’ai connu quelques frustrations, mais aussi une immense fierté. J’ai pu compter sur le soutien sans faille de mon homme qui, sans que je lui demande quoi que ce soit, s’est bien souvent plié en quatre pour m’aider dans ce nouveau challenge. Il a d’ailleurs lui même fortement réduit sa conso de viande, encore une fois sans aucune pression de ma part (c’est promis, il peut en témoigner !). Et nous avons récemment craqué pour un Thermomix, un robot magique qui va me permettre de tester plein de nouvelles recettes végétariennes.

Il y a quelques semaines, pour ne pas me laisser dépasser par la frustration et continuer à me faire plaisir, j’ai décidé que j’allais m’accorder une portion de viande par semaine. Cela me permettrait de ne pas renoncer à certaines adresses, et de continuer une progression en douceur en acceptant que je ne pourrai pas changer 30 ans d’habitudes alimentaires du jour au lendemain.

Depuis que j’ai pris cette décision, j’ai mangé quatre fois de la viande : la première fois, seule, un burger dans un fast-good que je n’ai pas vraiment apprécié. La seconde, deux bouchées d’andouillette piquées à la portion de Louis, juste parce que ça me faisait vraiment envie. La troisième, avec une amie dans un bistrot sympa que j’apprécie pour la qualité de ses plats, pour me faire plaisir. Et la dernière fois dans un resto thaï dont je vous parlerai bientôt, là encore parce que le plat me tentait. J’ai mangé sans culpabiliser, en appréciant chaque bouchée et en ne faisant pas de gâchis. Bien sûr, je préférerais arrêter complètement, mais pour l’instant je reste pragmatique, et je continue tranquillement mon petit bout de chemin.

Le point très positif que je vois, c’est que je suis plus curieuse que jamais : le défi que je me suis donné pour la rentrée, c’est de prouver que la gastronomie veggie à Paris ne se limite pas à des restos branchouilles hors de prix. Et oui, il y a des lieux qui font l’effort d’aller plus loin qu’un pauvre plat végétarien perdu à la fin de la carte (pitié, amis restaurateurs, arrêtez de limiter votre plat végétarien à un truc à base de légumes du soleil !). Je veux mettre en avant les restaurants qui font l’effort de proposer des plats végétariens qui valent le détour, il y en a plein, et ça ne fait que commencer ! On parie ? 🙂

PS : c’est rigolo car à l’heure où je finis cet article, dans un salon de thé breton, deux femmes juste à côté de moi parlent du végétarisme. L’une annonce à l’autre qu’elle est devenue végétarienne, ni viande ni poisson ; la seconde lui répond : “mais alors, tu ne manges plus que des graines ?”. VÉ-RI-DI-QUE. Il y a encore du boulot.

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Encore une minute ?

8 Comments

  1. Si si moi je suis là 😉
    Perso j’ai commencé par supprimer la viande (hors volaille) quand j’avais 14 ans (j’en ai 30 aujourd’hui).
    Je mange du poisson et du poulet une fois par semaine.
    Mais bien sûr, je me pose la question sur le poisson et la volaille (j’ai énormément diminué ma consommation de poulet.& poisson..).
    Aujourd’hui, je n’achète que des poissons labellisés MSC ou bio. Picard est top pour ça, je m’y retrouve bien.
    Et je ne mange que du poulet bio également.
    Je continue un peu, notamment pour les protéines et la variété. Je sais qu’on trouve des protéines végétariennes mais ce n’est vraiment pas assez pour moi…

    Je pense que l’important ce n’est pas d’arrêter ou pas, c’est de prendre conscience et de consommer moins mais mieux…

    1. Merci pour ton petit mot, je sais que tu es une vraie gourmande donc c’est intéressant 😉

  2. Bravo pour ce grand pas en avant 🙂 Je me retrouve beaucoup dans ton article – on m’a aussi dit que c’était un délire de bobo, que c’était parce que c’était la mode… J’ai envie de dire : tant mieux si c’est un sujet à la mode, si ça peut faire prendre conscience à plus de gens de l’importance de réduire sa consommation de viande !

    J’ai commencé ma transition l’été dernier, et mon dernier morceau de viande (une tranche de jambon) remonte au mois de mars. J’ai continué le poisson quelques mois – je suis en train d’arrêter là, je me dis juste que j’en mangerai peut-être encore une fois de temps en temps au resto s’il n’y a pas d’option VG. Il y a quand même de plus en plus de substituts, les supermarchés s’y mettent (la gamme “Veggie” de Carrefour est plutôt bonne), ça fait plaisir !

    Hâte de découvrir tes bonnes adresses veggie friendly du coup 🙂

    1. Merci Juliette, j’ai lu attentivement chaque article que tu as publié sur le sujet, et ça a vraiment contribué à me faire avancer. C’est vrai que les supermarchés s’y mettent mais je trouve que c’est un peu lent, j’ai déjà testé quelques gammes veggie que j’ai trouvé plus ou moins réussies. Il faut réussir à dénicher les produits qui valent le coup. A très vite pour les bonnes adresses…

  3. Je te soutiens à 200% 🙂 Je ne mange plus de viande rouge depuis mes 14 ans, et j’essaye de diminuer maintenant toutes les “mauvaises” viandes dont tu parles, être moins dans l’automatisme et la facilité. Je me fie plus à mes envies et des fois je “craque” face à des bons produits… Je crois aussi que je culpabilise de ne pas être une “vraie” végétarienne, mais comme toi, le fait de m’autoriser à des exceptions rend cela plus facile !
    Comme toi, j’ai souffert du regard de la famille quand je leur en avais parlé petite… Les mentalités s’ouvrent à ce sujet aujourd’hui : tant mieux profitons-en ! Et oui, il y a plein de saveurs dans les choses végétariennes à condition d’être curieux 🙂 Hâte aussi de voir tes sélections 😀

  4. Comme toi je mange du poisson et des œufs, parfois du lait car il y en a dans les gâteaux. Mais aucune viande. Et aujourd’hui on est aidé par tout un tas de resto et de magasins, sans compter les blogs cuisine, nous aident dans notre démarche.
    Bravo à toi, je ne peux que t’encourager !

  5. Je ne sais pas que penser de tout ce que je lis et entends sur l’alimentation. Gluten, laitages, viande… Je suis du coup admirative de celles et ceux qui suivent leurs convictions. La viande ne serait pas la plus grosse privation en ce qui me concerne car je ne mange que du porc et du bœuf et en petite quantité. La vue de la viande blanche (enfin, surtout des os) m’a toujours levé le coeur. Petite, je mangeais seule dans le salon quand il y avait de la volaille pour ne pas finir la tête au-dessus de la cuvette (un handicap très pénible que j’ai en partie surmonté). L’idée même de mettre un millimètre de lapin dans ma bouche me dégoûte profondément. Enfin bref…
    Bravo en tout cas 🙂

  6. […] y a quelques mois je vous parlais de mes interrogations sur la consommation de viande. J’avais envie d’arrêter complètement, mais force est de constater que c’est un […]

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