Bébé et kids

Métier, parent : ce que j’ai appris en un an

Mes billets grossesse vous avaient plu, alors je me remets aux sujets bébé avec un article sur ce que j’ai appris depuis que je suis parent. Je n’en reviens pas comme le temps passe vite, mon tout petit bébé a presque un an. 10 mois intenses se sont écoulés depuis sa naissance, 10 mois pour faire l’apprentissage d’un job sans fiche de poste et avec pour seul salaire les progrès de son enfant. Et aussi quelques centaines de couches pleines pour le pourboire, Monsieur est grand prince.

Un enfant n’est pas le prolongement de soi.

C’est la première chose que je me suis dite, en voyant mon fils pour la première fois. Nos mouvements sont liés pendant 9 mois, et un jour c’est un petit être indépendant à part entière. Dès les premiers jours, les premières heures, il semble s’appliquer à nous faire intégrer cette évidence. Et même s’il ne peut rien faire sans nous, on ne peut pour autant le contrôler. Pas le forcer à manger, à dormir, à faire des sourires. C’est lui qui commence par imposer son rythme, et petit à petit le rapport s’équilibre, on arrive à reprendre les rênes au moins sur certaines choses. Ces premiers mois m’ont confirmé cette intuition : on est toujours là pour l’accompagner, mais on ne peut pas façonner son enfant. Il se construit seul et à sa manière.

Il n’y a pas de modèle d’amour maternel à suivre.

Elle est partout, la mère submergée par la vague d’amour pour ses enfants. Celle qui n’a pas de mot pour dire à quel point elle rayonne et nage dans un vaste océan de bonheur. On lit tellement de témoignages sur l’amour absolu qu’on connaît une fois qu’on est mère, personnellement j’ai toujours trouvé ça flippant. Non, on n’est pas obligé de vivre LE grand bouleversement, de se demander comment on a pu vivre avant (parce que la vie ne prend sens qu’avec un môme, c’est bien connu, et c’est sympa pour ceux qui n’en veulent pas ou ne peuvent pas en avoir), de clamer sur tous les toits qu’on ne peut pas comprendre le sens de la vie tant qu’on n’a pas d’enfant. Evidemment, on aime son ou ses enfant(s). Mais il n’y a pas un modèle d’amour unique, on a le droit de vivre les choses à sa manière et à son rythme. Parce qu’à trop attendre la fameuse vague, on peut se mettre la pression, culpabiliser de ne pas tout ressentir avec la même intensité. Il faut parfois des mois pour apprivoiser (et se laisser apprivoiser par) son enfant. Et ce qui me dérange dans ce cliché de l’amour maternel plus fort que tout, c’est qu’il est toujours porté par les femmes. Ce qui m’amène au point suivant…

Père, mère, chaque parent a sa place, et pas besoin de remplir les cases.

J’ai toujours été féministe, mais ça s’est encore accentué cette année. Je ne supporte pas les archétypes qui perdurent avec une étonnante vivacité. Remarque, c’est sûr que tant que les hommes n’auront droit qu’à leurs 11 jours de congés de naissance, que le congé parental sera d’office collé aux mères (parce qu’elles gagnent moins, donc c’est plus rationnel et ça se comprend), tout cela ne risque pas de changer.

Je n’aime pas le mot « maman ». Enfin, je n’aime pas comme on l’emploie parfois n’importe comment. 9 fois sur 10, tu peux remplacer « maman » par « parent » pour échapper à un cliché sexiste. Essaie, tu verras.

Nous avons donc, dans la représentation de la famille parfaite, la mère aimante et douce, fusionnelle avec son petit, et le père qui est plus dans un amour protecteur et rationnel. La mère chef des opérations, lestée par la fameuse charge mentale dont on parle beaucoup en ce moment, et le père qui suit les consignes logistiques, tout en sachant prendre de la distance par rapport à la mère qui se laisse submerger par ses émotions (rapport à la fameuse vague).

Notre famille est bien loin de ce modèle. J’ai eu beau garder mon bébé pendant des mois, je ne me suis jamais occupée de gérer le stock de couches (et c’est pareil avec le PQ, c’est ça qui est bien, on est sur une même logique). Je ne sais pas où sont les papiers du petit, je ne lave jamais les biberons (je fais d’autre trucs, hein, le linge par exemple, et surtout la garde en attendant la crèche). Ce que je veux dire, c’est qu’on n’a pas eu besoin de suivre le modèle dominant pour trouver notre équilibre. Et côté comportement, Louis est le plus fusionnel de nous deux avec son fils, le plus inquiet en cas de petit pépin de santé, celui qui se lève en premier la nuit.

Il n’y a pas de caractéristiques propres à l’amour maternel ou paternel, il y a juste l’amour d’un parent. « Rien ne remplace l’amour d’une mère ». Foutaises ! Rien ne remplace l’amour d’un parent. Naturel, adoptif, père ou mère.

On ne peut pas coller d’étiquette à un enfant.

Avis aux futurs parents : vous verrez, tout le monde va très vite s’attacher à définir le caractère de votre enfant. En général, c’est même plutôt bienveillant. Vous aurez le droit à « Quelle chance, il est très sage ce petit! » ou « C’est pratique avec lui, il est vraiment souple », ou encore -variante- « il a un caractère très adaptable ». Et les jours où il sera plus difficile, vous affronterez un silence gêné qui veut dire « merde, les pauvres, c’est un vrai monstre ce gamin ».

Or ce que je réalise, à l’issue de cette première année, c’est qu’un enfant ne naît pas avec un caractère prêt à l’emploi. Je ne sais toujours pas quel sera le caractère de Marius, je pense qu’il se dessine à peine. Bien sûr, il y a quelques signes que j’apprends à repérer, mais c’est bien loin d’être suffisant pour dire quelle sera sa personnalité. En dix mois de vie, il est passé par tellement d’étapes, ça a été un véritable feu d’artifice d’émotions. Il peut tout à fait passer une semaine très zen, et nous faire vivre un enfer les jours suivants. Etre sociable un jour, et très timide le lendemain. Engloutir sa purée d’haricots verts à midi, et les bouder le soir. Donc ça ne sert à rien de coller les gamins dans des cases, les tranquilles, les agités, les réfléchis, les sanguins, les sages… ils auront bien assez le temps pour les étiquettes. On devrait les laisser évoluer en paix.

Rien n’est jamais acquis.

Ce point-là est très lié au précédent. Pendant cette première année, on est passés par de nombreuses phases, et même si globalement on est quand même sur un truc positif (à savoir : il grandit), c’est loin d’être un long fleuve tranquille.

Prenons le point le plus emblématique : le sommeil. C’est d’ailleurs la question que l’on vous pose tout de suite, tout le temps : « Est-ce qu’il fait ses nuits ? ». J’ai envie de dire… ça dépend. Quand il a commencé à bien dormir, vers le 4ème mois, on a cru naïvement que c’était une affaire réglée. Ah ah ah. Ce n’était qu’une douce parenthèse. Depuis, chaque soir en le couchant, j’ai l’impression de jouer à la roulette russe : dormira, dormira pas ? ça allait bien et puis depuis un mois, il s’est mis à faire des terreurs nocturnes, il se réveille en mode big cauchemar et est inconsolable. Bref, tout ça pour dire que rien n’est jamais acquis, les choses les plus basiques (sommeil, nourriture) mettent des mois et des années avant de se transformer en douce routine. Autant le savoir dès le début, pour ne pas crier victoire trop vite.

C’est compliqué… surtout si on rend les choses compliquées.

Non, ce n’est pas l’étape la plus facile de devenir parent. Mais il faut quand même relativiser, ce n’est pas non plus le truc insurmontable qui va changer ta vie du tout au tout. Ce que j’ai appris, cette première année, c’est de cultiver ma zénitude. Un enfant n’est pas en sucre, un enfant n’a pas besoin de mille et une choses pour être heureux. Du moment qu’il y a de l’amour et la bonne volonté, on s’en sort toujours.

Concrètement, ça veut dire qu’il ne faut pas se priver de tout ni changer toutes ses habitudes ; en tout cas, c’est mon point de vue. Dès que c’est possible, j’emmène Marius avec moi, sans déplacer la moitié de l’appart. S’il me manque un truc, je l’achète sur place. J’essaie de respecter son rythme, mais je ne me soumets pas à une routine rigoureuse, parce que je n’ai jamais aimé ça. Je lui apprends à s’adapter : manger dans des endroits différents, voir du monde, faire la sieste dans la poussette si on ne repasse pas chez nous. La première année, c’est tout à fait possible ! Et d’ailleurs il est souvent bien mieux dehors qu’à la maison.

Être parent, c’est prendre ses propres décisions. Et faire ses propres conneries.

En attendant de trouver un mode d’emploi validé par l’ensemble de la communauté scientifique internationale, on sera d’accord pour dire qu’il n’y a pas une bonne manière d’être parent. Chacun fait comme il peut, et comme il veut.

Le problème, c’est qu’on est bercés par un grand nombre d’idées reçues qui nous font parfois perdre confiance. Par exemple, j’avais tellement entendu « qu’une maman reconnaît les pleurs de son bébé » que j’étais flippée de ne pas avoir le décodeur intégré. Je n’ai jamais reconnu les pleurs de Marius, et encore aujourd’hui je fonctionne par déduction. Alors oui, c’est vrai qu’il hurle particulièrement fort quand il a faim, mais de là à dire que chaque problème a sa traduction en pleurs spécifiques, pour moi c’est encore du bon bullshit. La vérité c’est qu’on est souvent largués, et c’est dans ces moments là qu’on est tentés de s’appuyer sur des gens qui prétendent savoir. Mais la plupart du temps, ils ne savent rien de plus que nous.

Bref, assumer ses décisions ça ne veut pas dire qu’on ne fait pas d’erreurs, on en fait plein ! Mais ce n’est pas grave. Il faut les assumer, ses propres erreurs, parce que c’est mieux que d’assumer les erreurs des taties / mamies / cousins et toutes les personnes qui se précipiteront pour partager leur manuel d’éducation. C’est bien, d’avoir des conseils, mais il faut faire le tri et ne suivre que ce qu’on a envie d’essayer. Parce qu’au final, une erreur n’est jamais bien grave, on apprend et on se perfectionne.

Ce conseil vaut aussi pour les médecins qui ont parfois le don de vous infantiliser en vous rappelant des évidences. La première pédiatre de Marius était comme ça : je l’ai vue une fois, pas deux. Il est maintenant suivi par une médecin généraliste qui n’a pas l’étiquette pédiatre mais qui nous convient parfaitement. Je me suis promis de ne jamais me laisser intimider par les médecins : il suffit de voir comme les avis divergent entre deux pédiatres pour comprendre qu’eux non plus n’ont pas trouvé le mode d’emploi.

Pour avoir de l’aide, il faut la demander.

À Paris, on est d’abord gêné(e) avec un bébé. On a l’impression de déranger pour tout : emprunter les transports, s’installer au resto, aller au musée ou dans une boutique. Et puis à un moment, il y a un déclic. On n’a pas à s’excuser d’avoir un enfant. Il y aura toujours des connards pour vous regarder d’un drôle d’oeil quand vous prenez trop de place, mais il y aura aussi des personnes adorables et bien plus nombreuses qui vous aideront à grimper les escaliers interminables des stations de métro.

Le truc que j’ai appris, c’est de demander ce dont on a besoin. Sans rougir. Il m’est arrivé plusieurs fois d’être encombrée avec ma poussette au resto, en déduisant toute seule qu’il n’y avait pas de chaise haute, puisqu’on ne m’en avait pas proposé… En fait, il y en avait, mais personne n’avait pensé à me la donner, tout simplement parce qu’ils pensaient que je préférais garder la poussette. Bref, pensez à poser la question, ça ne coûte rien et ça sensibilise les gens aux besoins spécifiques qu’on a avec un bébé ! Combien de fois j’ai dit au serveur : « C’est dommage qu’il n’y ait pas de table à langer là, regardez il y aurait pile la place, ce serait tellement pratique ! Surtout que votre resto est génial, c’est vraiment la seule petite chose qui manque ! » Je suis le témoin de Jéhovah de la table à langer.

J’ai encore plein de choses à apprendre, mais c’est un premier bon bilan !

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8 commentaires

  • Bonjour!
    Tout le monde, à commencer par nous meme, a énormément d’idées reçues sur la grossesse, l’accouchement et la parentalite.
    Personnellement, je pensais qu’avoir un enfant, c’était se gâcher la vie ! Et aujourd’hui, j’avoue que je fais partie de ces mamans touchées par la grâce de bebe (a 34 ans!), Si bien que je regrette de ne pas en avoir eu plus tôt et que je me verrai bien entourée d’une smala de bebes à kiffer… mdr
    Bonne soirée et pleins de bisous à ton petit prince

    • Oui c’est vrai, on a plein d’idées reçues avant d’être vraiment dans le sujet ! Merci en tout cas pour ce petit mot.

  • Voilà un chouette billet qui déculpabilisera sans doute bien des jeunes parents 😉
    Ah la notice… Mon beau-fils est entré au collège et voilà que c’est à nouveau une période de crise. Cela ne fait d’ailleurs qu’un an et demi qu’il ne nous réveille plus la nuit (il a fallu pas mal clarifier les choses mais les réveils sont probablement à la carte chez son autre parent…). Il faut avoir le moral !

    • Merci ! C’est dingue quand même que ça dure si longtemps, j’ai peuuuuuuuuur

  • Le projet d’enfant commencera certainement à prendre forme dès l’année prochaine et tu ne peux pas savoir comme ça me fait peur.
    J’ai envie mais pas envie à la fois, et je me pense que me prends trop la tête. Mais clairement, j’ai pas spécialement de désir d’enfants et l’horloge biologique qui tourne ( j’ai eu 32 ans) me fait frémir !
    🙁

    • J’imagine, j’ai eu très peur longtemps aussi ! Et on est aussi très conditionnés à flipper de cette fameuse horloge, alors en fait je pense qu’il ne faut pas trop réfléchir… en général quand on se lance dans ce projet, même si au début c’est un peu incertain, ça devient vite plus évident

  • Tu es pleine de sagesse 😀 c’est très instructif en tout cas !
    On a pas été élevée « à demander ». Enfin, moi, quand j’étais petite mes parents me disaient « ne demande pas et attend ». Du coup, on s’attend toujours à ce que les gens comprennent nos besoins . Mais ce ne sont pas nos parents 😉
    Il faut toujours demander tant qu’on ne demande pas la lune et autres caprices de diva et ce dans n’importe situation.

    • AH ah oui jouons les divas, nous le valons bien.

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